Interview : FUZETA

Découvert lors de son passage au Ricard S.A. Live Session à Lyon, le 8 avril dernier, FUZETA envoûte le public par une performance à l’ambiance aérienne, imposant leur style musical proche de Band Of Horses et Bon Iver. Le quatuor de Vannes (Bretagne) sortait son premier EP, Dive, hier. Pour l’occasion, voici une interview.

fuzeta header dive EP

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?
FUZETA existe depuis fin 2013. Nous sommes quatre, dont trois frères, dans le groupe. Le fond est très important pour nous. Notre désir était d’avoir un vrai propos à défendre sur scène. FUZETA parle de nous, de la manière dont nous nous sommes construits et comment nous évoluons aujourd’hui. Cela se traduit par le côté très choral du groupe : comme des « gamins » qui chanteraient leur histoire.

Pourquoi avoir choisi « FUZETA » pour nom de groupe ?
C’est le nom d’un petit village de pêcheur au sud du Portugal où nous allions souvent au moment de l’adolescence. Cela symbolisait bien le côté solaire, pop et nostalgique de ce que nous racontons dans nos chansons.

Fuseta, Faro, Portugal

Si vous deviez vous définir en quelques mots, par rapport aux autres groupes d’indie pop français, quels seraient-ils ?
Notre envie première est effectivement de faire de la pop. Mais nous sommes d’abord partis du fond, de l’histoire que nous voulions raconter. La forme est venue ensuite. Nous avons décidé de garder nos instruments de prédilections (guitares, basse, batterie). Ce qui rend FUZETA assez minimaliste en live. Nous souhaitons monter sur scène avec la démarche la plus honnête possible. Rester dans quelque chose qui nous ressemble.

Quels ont été les rencontres et les événements les plus importants de votre carrière ?
Il y a d’abord l’association MAPL à Lorient, qui nous accompagne depuis début 2014. Nous avons beaucoup travaillé en amont car nous voulions attendre d’être prêts avant de monter sur scène. Notre premier concert c’était le 8 novembre dernier au festival les Indisciplinées. Il y a eu ensuite les Rencontres Transmusicales de Rennes en décembre, qui ont été le deuxième accélérateur. Cela nous a permis de rencontrer les Tontons Tourneurs avec qui nous travaillons aujourd’hui. Enfin, nous avons eu la chance de gagner le prix Ricard SA Live Music 2015, qui se traduit pour nous par un accompagnement renforcé tant sur le plan discographique que scénique. Nous avons la chance d’être bien entourés avec une super équipe.

dive EP fuzeta

Vous sortez un premier EP, Dive, le 20 mai dernier.
Quelles ont été vos principales influences et inspirations durant l’écriture et la composition de vos morceaux ?
Nous aimons beaucoup les arrangements et l’approche que peuvent avoir des groupes comme Alt-J ou Wu Lyf dans leurs morceaux. Pour FUZETA, nous avons composé à partir de nos souvenirs, de photos ou de thèmes que nous voulions aborder dans nos chansons. Et c’est vraiment cela qui a inspiré nos compositions.

Pourquoi avoir choisi le titre « Dive » ?
C’est le nom d’un des morceaux de l’EP. Il symbolise bien notre démarche et l’état d’esprit dans lequel nous sommes, le fait de se jeter à l’eau et de se lancer à fond dans une aventure.

fuzeta header ricard sa live music 2015 gagnant

Vous avez fait partie de l’affiche de la tournée Ricard S.A. Live.
Comment et par qui avez-vous été approchés pour faire partie de cette tournée ?
Nous avons été choisis comme lauréat du prix Ricard SA Live 2015 en février. La tournée faisait partie de la dotation du prix. Nous étions donc la première partie sur toutes les dates de la tournée.

Quelles sont les choses que vous retenez de cette expériences ?
Ça a été une expérience folle pour nous. Très formatrice. Nous avons eu la chance de jouer dans de très belles salles pendant dix jours. Jabberwocky et Hypen Hyphen drainaient beaucoup de public chaque soir. Même si personne ne nous connaissait, nous avons pu jouer devant des salles pleines. Il n’y a vraiment que des bons souvenirs. C’était génial.

Comptez-vous repartir sur les routes pour défendre votre EP ? (j’espère beaucoup vous revoir à Lyon !)
Oui, absolument. Et cela va commencer dès cet été. Nous avons de belles dates à venir comme la Volvo Ocean Race le 13 juin à Lorient, Aluna Festival le 19 juin, les Francofolies de la Rochelle le 14 juillet ou encore le Pont du Rock le 25 juillet à Malestroit. Plus deux dates qui sont encore secrètes, mais dont nous sommes aussi très heureux… Les concerts se préparent pour l’automne mais rien n’est encore calé sur Lyon. Nous serions ravis de revenir jouer là-bas. On garde un super souvenir de notre date au Ninkasi.

Avez-vous un ou plusieurs anecdotes de vie en studio et/ou de tournée à me raconter, et quelques exclus à livrer ?
Il y avait une mascotte sur la tournée Ricard SA Live. C’était Ricky le chien. Nous voulions déguiser Jérémy, notre batteur, en Ricky pour le dernier morceau du set à Poitiers. Mais c’est plus facile d’avoir l’idée que de la réaliser… Le costume était trop lourd et étouffant. Une fois enfilé, c’était ingérable. Nous avons donc dû abandonner le concept de Ricky, batteur de FUZETA.
Côté exclusivité, nous avons un nouveau titre qui se prépare. Nous avons gagné le concours Makingwaves Music organisé par la Volvo Ocean Race. Nous rentrons en studio le 31 mai pour enregistrer Silence, un inédit qui devrait sortir aux alentours du 8 juin, et nous le jouerons bien sûr lors de  notre concert en première partie de Miossec, le 13 juin pour l’étape française de la Volvo Ocean Race à Lorient. Nous serons aussi accompagnés par 70 élèves de deux collèges pour 3 titres, nous sommes quasiment aussi fébriles qu’eux, ce sera notre toute première scène estivale.

Que pensez-vous de l’industrie musicale d’aujourd’hui ?
Qu’elle ne va pas très fort. Le disque ne se vend plus, or, la musique enregistrée reste essentielle pour se faire connaître sur les réseaux sociaux… Et c’est un objet artistique en soi, les moments de travail en studio ressemblent à l’orfèvrerie, c’est un temps précieux où les morceaux prennent corps. Les labels traversent une période vraiment difficile, et c’est sûr que le streaming montre ses limites. Il va falloir repenser l’ensemble du modèle et la rétribution des producteurs phono qui s’engagent aux côtés des musiciens pour créer des disques. On a quand même la chance d’être en discussion avec des gens passionnés et passionnants, on va voir où cela nous conduit, mais c’est vrai que cela reste une étape cruciale même si l’endroit où tout se joue actuellement pour nous aujourd’hui, c’est le live.
Sur scène, il y a une alchimie particulière, une rencontre avec le public qui est incroyable, difficile à décrire. Depuis quelques concerts, on se rend compte qu’il y a des gens qui viennent spécialement pour nous et évidemment, ça nous porte. Récemment, en première partie de San Fermin à la Maroquinerie, on a entendu que des gens chantaient nos morceaux et honnêtement, ça fait vraiment quelque chose. Nous avons aussi la chance d’être bien entourés, notre ingé son est un peu magicien dans son domaine, et on retrouve à chaque fois une atmosphère qui nous ressemble, assez organique. Il y a à chaque fois, le sentiment de commencer une expérience nouvelle, c’est assez fou.

Si vous aviez le pouvoir d’y changer quelque chose, le feriez-vous ? Si oui, quoi ?
Oui, bien sûr. Trouver un moyen de retrouver une certaine liberté qui s’est perdue dans les gros médias (radios, télés). Le rock ou l’indie pop disparaissent des ondes au profit du R&B ou de l’électro et d’une certaine uniformisation des goûts. Les quotas francophones ont permis une présence assez forte des groupes qui chantent en français sur les radios, ce serait sans doute une bonne idée de l’étendre à l’ensemble des groupes français, y compris ceux qui s’expriment en anglais. Cela permettrait sans doute que le public accède à la grande diversité des artistes actuels. Il y a une très belle scène indé en France mais on ne l’entend pas sur les ondes. Cela reste souvent l’affaire de passionnés. Les médias sont essentiels dans la découverte et l’émergence et les places dans les programmations encore trop rares.

Y a-t-il un artiste et/ou un album qui vous ait marqué au point de vous donner envie d’être musicien ?
Le White Album des Beatles et les Beatles en général.

Avez-vous déjà ressenti quelque chose de fort émotionnellement durant un concert ?
Lors de la tournée Ricard SA Live, nous avons joué à Toulouse, au Bikini. Une partie de notre famille habite dans le sud de la France et ne nous avait jamais vus en concert. Une des chansons  de FUZETA parle de notre grand-mère catalane qui est décédée il y a un an et demi. Le fait de jouer cette chanson-là, à cet endroit, devant tous ces gens et notre famille était très fort émotionnellement. Un instant très particulier pour nous.

Quelles sont les villes dans lesquelles vous aimeriez jouer ?
Le voyage et les rencontres font partie des raisons qui nous ont poussés à faire de la musique professionnellement. Donc vraiment difficile de choisir ! On a passé une partie de notre enfance aux Etats-Unis – Dorian est même né là-bas – donc c’est sûr que cela serait comme un retour aux sources car on sent bien – et on l’entend aussi dans certains de nos morceaux – que cela reste une forte source d’inspiration tant musicale que géographique.

Quels sont les artistes que vous voudriez voir un jour en concert ?
Sufjan Stevens ou encore Grandaddy. On aurait aimé voir Wu Lyf, mais on les a assez bêtement loupés aux Trans il y a quelques années.

Si vous ne deviez collaborer qu’avec un seul artiste, qui choisiriez-vous ?
Nous sommes tous assez fans d’un artiste comme Jack White. Qui a une démarche artistique globale.

Le meilleur album de votre collection ?
Difficile de choisir, mais dans les derniers qui ne quittent pas beaucoup la platine, Lanterns de Son Lux et Carrie & Lowell de Sufjan Stevens. Et les canadiens de Viet Cong qu’on a hâte de voir cet été à la Route du Rock.

sufjan stevens carrie and lowell album► Ecouter Carrie & Lowell

Le pire ?
Les derniers albums de Muse…

Votre achat d’album le plus récent ?
Jackrabbit de San Fermin.

Le plus vieux ?
Help des Beatles.

san fermin jackrabbit album► Ecouter Jackrabbit

Les 5 morceaux que vous écoutez le plus en ce moment ?
Byegone de Volcano Choir, Continental Shelf de Viet Cong, No Future No Past de Cloud Nothing et tout L’album Manipulator de Ty Segall.

Vos récents coups de coeur musicaux ?
Les trois premiers extraits de Currents de Tame Impala. Sinon, Phox avec la chanson 1936. Ce n’est pas un groupe récent, mais nous sommes tombés dessus par hasard et on adore.

Aujourd’hui, en tant que musiciens, quelles sont vos plus grandes aspirations ?
Si on reste dans l’ordre du rêve de gosse, ce serait de jouer dans d’autres pays que le nôtre. Un tour du monde avec notre musique, ça se serait fou.

What’s next ?
Il y a tellement de choses à dire. La sortie de notre EP Dive, les concerts et festivals cet été qui arrivent, le travail sur notre prochain EP en parallèle… Notre premier concert, c’était à peine il y a 7 mois… Les choses vont assez vite, et là, nous sommes en pleine phase de composition, les nouveaux morceaux créent pas mal d’émulation, d’excitation même. On part en résidence à la fin du mois au Chantier des Francos et on a hâte de retrouver la scène.

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