Interview : Tazieff

Originaires de Tonvic, en Auvergne, les rockeurs de Tazieff se forment fin 2010. Le groupe est composé de Christophe au chant et à la guitare, de Gilles à la basse, aux claviers et aux choeurs, de Niamor à la guitare et aux choeurs, et de Kam à la batterie.
Leurs influences se situent entre des groupes tels que Radiohead, Tom Waits, dEUS, Joy Division et Massive Attack. Les premières compositions de la bande prennent forme lors d’une résidence dans une boîte de nuit désaffectée, au pied des volcans auvergnats. Sélectionné par le Träce du Réseau 92 en janvier 2014, Tazieff investit des salles parisiennes telles que le Point Ephémère (2014) et le Nouveau Casino (2012). Le groupe participe également au Festival BBmix en 2013, partageant l’affiche avec Lee Ranaldo (Sonic Youth).

Votre groupe se fonde en 2010, il y a donc 5 ans maintenant.
Quelle vision en avez-vous aujourd’hui ?
C. : On est fiers du chemin parcouru même si on aurait bien aimé que ça aille plus vite. Je crois qu’il y a 5 ans, on pensait mettre 5 mois pour en arriver là. Avec le recul, ça n’est pas si étonnant, on aime prendre notre temps, peaufiner les arrangements, le son, l’artwork, bref on n’aime pas bâcler.

Quels ont été les rencontres et les événements les plus importants de votre carrière ?
Christophe (chant/guitare) : Partager la scène avec Lee Ranaldo (guitariste et chanteur de Sonic Youth) au festival BBmix et jouer sous le chapiteau Magic Mirror du festival Chorus ont été deux très bons moments qui resteront dans un petit coin de notre mémoire pour un bon bout de temps. Pour les rencontres il en a eu tellement, difficile de ne citer que quelques noms. En cinq ans le groupe est devenu une vraie petite famille avec notre manager/éditeur François, Barth au son et Bruno aux lumières, chacune de ces rencontres a été déterminante dans l’évolution de Tazieff.

De quoi vous inspirez-vous généralement lorsque vous écrivez et composez votre musique ?
C : Le processus est très instinctif. Ça se fait au feeling, sans trop intellectualiser la chose. Nous avons chacun des couleurs, des émotions en tête plus que des concepts alambiqués. Ça ne veut pas dire qu’on ne se nourrit pas de plein de choses en permanence, que ce soit du cinéma, des expos, des spectacles ou de la musique, mais disons qu’on se donne le temps de bien digérer tout ça avant de s’en inspirer.
La recherche de combinaisons de styles et de références au top de la hype a tendance à nous fatiguer. Pour nous, la composition doit rester spontanée, en tous cas, c’est comme ça qu’on l’apprécie, avec sa part de mystère.

Vous êtes sélectionnés en 2012 par le dispositif Träce du Réseau 92 et accompagné par le Centre Barbara FGO.
Pouvez-vous me parler un peu plus en détails de ces organismes ? Quelles opportunités cela vous a offert ?
C : Träce, le Réseau 92 et FGO nous ont beaucoup aidés et nous aident encore. Le fonctionnement de ces deux organismes est légèrement différent : FGO propose une série de modules à la carte sur une durée indéterminée, alors que le dispositif Träce se concentre sur un an. En revanche, les fondamentaux restent les mêmes : du coaching pour la scène, les répétitions et l’enregistrement, des formations plus orientées administratif / business, des rencontres avec des professionnels du secteur et des concerts. En résumé, tout ce qu’un groupe doit maîtriser à la perfection pour avoir une chance de se professionnaliser. Même si, dans l’absolu, on peut toujours tout faire tout seul, chez Tazieff on est convaincu qu’il faut s’appuyer sur des gens qui savent de quoi ils parlent pour développer un groupe. Ces dispositifs vont clairement dans ce sens.

Vous enregistrez votre premier EP en mars 2014, By the Kingdom.
De quoi vous êtes-vous inspirés pour l’écriture et la composition des morceaux ?
C : Chez Tazieff, la composition est un travail collectif donc ce qui m’a inspiré n’est pas forcément ce qui a inspiré Romain ou Gilles. Suivant le principe énoncé plus haut, nous discutons rarement de nos morceaux en termes d’influences. Soit on improvise et la direction musicale de l’impro est laissée au hasard, soit l’un de nous arrive avec un riff ou un bout de mélodie et les autres apportent des arrangements ou d’autres parties. En tous cas, au stade de la composition, nous évitons d’entrer dans de longues explications sur le style et les codes à adopter pour tel ou tel morceau. Chez nous, un morceau peut changer de direction plusieurs fois pendant la phase de composition. On évite de figer les choses trop rapidement et le chemin peut être long entre le point de départ et le résultat final.
Pour ma part, j’ai écouté beaucoup de Wild Beasts, Other Lives, Joy Division, New Order et Depeche Mode avant et pendant l’écriture de By The Kingdom.
J’aime le travail du son et pour moi cela tient un rôle important dans la composition d’un morceau. Joy Division m’a pas mal influencé sur ce point. J’aime bien leur son post punk à la frontière entre le rock guitare, basse, batterie et les courants plus synthétiques qui vont suivre au début des 80’s. Cette époque charnière est assez jouissive, on sent le champ des possibles qui s’ouvrait pour eux. Leur son est pourtant resté très cohérent, ils ne sont pas partis dans tous les sens. Ils ont réussi à aprivoiser ces nouveaux instruments pour amener leur musique un peu plus loin. Je pense qu’on a essayé de développer cette approche pendant les cessions de By The Kingdom.
Sinon, je suis très visuel, je m’appuie notamment beaucoup sur des images pour préciser des émotions, creuser et nuancer le propos. Quand j’écoute un morceau, si j’arrive à me dérouler un petit film dans ma tête avec de belles images, c’est bon signe.

Comment s’est déroulée votre rencontre avec Peter Deimel ?
C : Des amis avaient enregistré un EP chez lui, on connaissait son travail avec Deus, Anna Calvi et The Kills. On l’a contacté, il a écouté, il a dit banco ! Peter a des pouvoirs surnaturels, il perçoit des choses à travers la musique avec une finesse et une acuité stupéfiantes. Dès la première écoute des maquettes de l’album, il avait déjà cerné nos caractères respectifs et la place de chacun dans le groupe. C’est un passionné, quelqu’un de totalement dévoué à son art, bref, une rencontre qui redonne foi en l’espèce humaine.

Quel regard portez-vous sur l’actualité musicale aujourd’hui ?
C : Oui, ça n’est plus un scoop, l’âge d’or de l’industrie musicale est un peu derrière nous. Pour notre génération, c’est pas de bol mais ça ne nous empêche pas de faire de la musique. Le musicien est un très mauvais businessman, c’était déjà vrai au temps d’Universal, Sony et Warner, ça l’est encore plus avec Youtube, Deezer et iTunes.
Sinon, pour ce qui est de la musique en elle-même, ça ne va pas si mal que ça. Il y a vraiment plein de choses à découvrir pourvu qu’on soit un peu curieux. Bien sûr, on peut regretter les années 80 et 90 avec tous les courants qu’elles ont vu naître : hip hop, trip hop, techno, grunge, stoner, etc. Mais aujourd’hui, tout le monde est connecté 24h/24, la moindre faute de goût peut se répandre comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Comment voulez-vous que les jeunes d’aujourd’hui fassent quelque chose d’original ? Ils ont trop peur de perdre les 2 754 fans Facebook qu’ils ont eu tant de mal à accumuler. Ils ne prennent pas de risque, ils s’inspirent de la collection de vinyles de papa.

Y a-t-il un artiste et/ou un album qui vous ait donné d’être musiciens ? 
C : Pour ma part, ce sont des groupes amateurs qui m’ont donné envie de faire de la musique. Au collège, je m’essayais à la photo et des amis m’ont demandé de venir les shooter en répétition. Ils jouaient du Led Zep. Je n’avais jamais entendu de groupe en live, ça m’a complètement retourné. Le lendemain, je demandais à l’un d’eux de m’apprendre un ou deux trucs à la guitare.
Pour les autres Tazieff, je crois que c’est essentiellement lié à l’image du rockeur et la promesse d’abondance de relations sexuelles qui va avec.

Avez-vous déjà ressenti quelque chose de fort durant un concert ?
R : Ce qui transporte vraiment un musicien sur scène, c’est la perception de l’énergie que nous renvoie l’audience. Ça n’arrive pas à chaque concert, mais quand cet espèce de ping pong émotionnel se produit, ben c’est pas mal !
Sinon, il me semble que Kam (notre batteur) s’est fait vomir dessus dans la fosse d’un concert de Mötorhead. Mais ce n’est probablement pas le « fort ressenti » qui t’intéresse.

Quel(s) artiste(s) voudriez-vous voir en live, un jour ?
R : Mmmh parmi les vivants, je n’ai pas trop de regrets de ce côté. Je dirais Prince et Adriano Celentano.

Quelles sont les villes dans lesquelles vous aimeriez jouer ?
R : Reykjavik (j’y suis passé en vacances c’est une ville très inspirante avec de la bonne musique partout et un super festival au mois d’Octobre), Kyoto (ça fait terriblement « Tracks sur Arte » mais bon c’est comme ça …) et Boulogne sur Mer (pour les gens).

Si vous ne pouviez collaborer qu’avec un seul artiste dans toute votre carrière, qui choisiriez- vous ? 
R : Là encore, on est dans le cliché du grunge, mais j’aimerais bien discuter un peu avec Neil Young. J’aime sa capacité d’aller à l’essentiel en termes de songwriting et de textures de son, et je pressens une approche synesthésique dans sa démarche. Appelle-moi, Neil !

Le meilleur album de votre collection ? Le pire ?
R : En ce moment, je dirais The Make Up, Save Yourself. Et le pire, haha mon Dieu ! Il y en a tellement… Je crois que ce superbe vinyle des meilleurs hits de La Compagnie Créole fera l’affaire (je l’écoute souvent en plus, désolé).

Votre plus vieil achat ? Le plus récent ?
R : Je me souviens d’un album de Michael Jackson, probablement Bad, ça doit être mon premier achat musical. Sinon, il y a quelques minutes, j’ai chopé un disque de Deerhoof, très bon aussi.

Les 5 morceaux que vous écoutez le plus en ce moment ?
R : Jay ReatardIt ain’t Gonna Save me
Lucio BattistiIl mio Canto Libero
Electric SixGermans in Mexico
Why MudSomebody do Something
DeerhoofFresh Born

Et bien sûr, beaucoup, énormément de Tazieff puisqu’on est en train de composer et compiler des idées pour la suite.

Vos récents coups de coeur musicaux ?
R : Le dernier JC Satan est vachement bien… Sur scène, cet été, j’ai eu la confirmation du talent d’Anna Calvi et de Kate Tempest dans un style différent. Vive les femmes et vive la liberté !

En tant que groupe, quels sont vos plus grandes aspirations ?
R : Continuer à composer, à construire des chansons. On part souvent d’impros en studio, tous ensemble, et quand ça se met en place comme il faut, on ressent clairement des petits instants de grâce qu’on essaie ensuite de dompter, de faire fructifier… Bref ça et de belles scènes, bien sûr, pour défendre notre disque.

What’s next ?
R : Pas mal de dates se mettent en place pour la fin de l’année. Si on doit en retenir une seule : le 26 novembre au FGO Lab’ (Paris) avec Blau Bird, be there !

tazieff blau bird la maroquinerie paris

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