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Another Kid Comedy est le premier album du groupe FIGURZ. Disponible dès demain sur toutes les plateformes de streaming et au format physique, le concept album comporte 9 titres et un générique.

Plongé dans l’imaginaire d’un enfant séquestré, on monte ici à bord du dernier train en direction du Sheffield des Arctic Monkeys. FIGURZ, trio de rock français, interprète cette bande originale de fiction, entre goût de poussière et modernité.

Interview

Another Kid Comedy raconte une histoire du point de vue d’un enfant séquestré. Comment se met-on dans la peau d’un enfant perturbé et arrive-t-on avec 10 titres aussi poussés, tant dans les paroles que les mélodies ?

L’idée n’était pas de se mettre dans la peau de ce gosse littéralement, mais plutôt de piocher dans les traits de caractère qui caractérisent ce qu’un enfant a de plus qu’un adulte, à savoir une curiosité et une imagination bien plus riches. C’est ce regard différent, cet angle d’attaque sur la réalité du monde adulte que l’on veut développer. Pour nous, la fiction devient la meilleure réalité quand il n’y a plus assez de liberté et c’est avec ça en tête que l’album est né en premier lieu.

Pour ce qui est des musiques de cet album, Another Kid Comedy, il nous fallait quelque chose qui soit à la fois assez sombre pour ne pas trop forcer le propos mais en même temps une structure musicale pop avec des mélodies chantantes (presque joyeuses) et accrocheuses. Le but était d’amener les gens à se dire qu’elles pourraient être celles que l’enfant choisit d’écouter de lui-même.

« Le scénario s’écrit aussi en fonction des faits de société actuelle car chaque personnage a commis un péché et on se sert de ça. »

Comment s’est écrit le « scénario » du disque ?

Nous avons composé des morceaux sans chant ni paroles. Ce sont ces ambiances musicales qui nous ont donné des images, des références cinématographiques ou littéraires. On se disait que tel ou tel morceau pouvait être cohérent s’il passait dans une scène d’un thriller, d’une course-poursuite ou bien encore dans une scène d’abordage…

Suite à ça, il nous a fallu penser une histoire en fonction de tous ces éléments. Des personnages sont nés dans ces scènes fictives, des lieux se sont précisés et enfin une chronologie s’est dégagée pour orienter ce mélange.

La dernière pierre à l’édifice étant le message à faire passer avec cette histoire. Le scénario s’écrit aussi en fonction des faits de société actuelle car chaque personnage a commis un péché et on se sert de ça. Nous ne jugeons pas nos personnages mais ils nous permettent de traiter de problèmes actuels tels que l’enfermement, l’abus d’autorité et du pouvoir policier, de critiquer le commerce de personnes et parler des migrants, critiquer le commerce du sexe illégal, parler d’un virus mortel ou encore le commerce de la mort en développant l’histoire d’un chasseur de primes par exemple.

« Le groupe a été comparé à une bande originale d'un thriller obsessionnel aux allures de Se7en, ou encore à la potentielle musique d’un livre de Stephen King. »

Dans le clip The Kid, on retrouve différents personnages comme N26, Jacob, ou encore Matchers, qui sont aussi des titres de l’album. Aussi, et si j’ai bien compris le clip de Barend, les jouets de The Kid y prennent forme humaine.

Comptez-vous raconter une histoire illustrée à travers ces clips, comme si les chansons étaient un script ?

Effectivement, l’album traite de chacun des personnages de cette fiction imaginés par l’enfant, ou bien développe la relation entre deux personnages. Comme tout cela se passe d’abord dans la tête de ce môme, nous avons voulu que ces personnages soient des fabrications de ses propres mains et c’est de là que nous est venue l’idée de les mettre en figurines.

Quand le Kid joue avec ses figurines, nous sommes dans sa réalité. Quand les figurines prennent forme humaine, l’histoire se continue dans sa tête.

Ça répond à la deuxième partie de la question : il y a bien une histoire à travers ces clips et les textes étant le plus souvent descriptifs, on pourrait effectivement les assimiler aux scripts des morceaux.

se7en movie david fincher

Ce côté film auditif est très important pour nous et les gens le reçoivent ou le ressentent comme ça donc c’est rassurant.

Le groupe a été comparé à une bande originale d’un thriller aux allures de Se7en, ou à la potentielle musique d’un livre de Stephen King. C’est un pari gagné.

3 ‘studios’ éphémères ont été montés pour l’enregistrement de votre concept album. Comment cette idée vous est-elle venue ?

Le propos de l’album était de montrer ce que peut générer l’imaginaire face à l’enfermement d’une personne. L’enfant se sert de son histoire pour s’évader. Il nous paraissait évident d’être dans cette démarche de mouvement et de fabriquer cet album en voyage, donc dans différents lieux.

Notre musique se veut imagée et narrative. Il est vrai que capturer l’ambiance de lieux tels qu’une grange, une église ou des cuves en pierre permettent de donner une texture à un morceau, comme un décor de film. Jouer un morceau dans une salle en bois n’aura pas les mêmes réverbérations, les mêmes réponses et ne donnera pas les mêmes images au spectateur s’il est joué dans une église.

Souhaitez-vous faire émaner l’ambiance de chacun de ces lieux même à travers vos lives ?

Pour ce qui est de la partie live du groupe, c’est l’un des objectifs que l’on se fixe de réussir. Sans oublier que quand on joue du rock en concert, finalement ce qui prend rapidement le dessus, c’est l’énergie spontanée et primale que nous procurent les morceaux mais aussi la façon dont le public nous renvoie cette énergie. En concert, ce sont moins les lieux et les décors auxquels on a pensé qui vont être en première lecture, mais plutôt la façon dont notre musique va atteindre, rebondir, faire réagir les gens et revenir vers nous.

FIGURZ france another kid comedy artwork
Avez-vous souhaité que ces lieux apparaissent sur l’artwork de l’album ?​

L’église apparaît sur l’album et c’est la seule que nous avons choisi de montrer. Déjà car visuellement, l’architecture d’une église est plus esthétique que celle d’une grange par exemple.

Et puis une église, c’est en quelque sorte un livre ouvert sur le passé. On peut y voir la trace des différentes époques et les histoires qu’elle a traversées. L’église, l’abbatiale ou encore la cathédrale sont des entités qui forcément sous-entendent une histoire, et ça, ça nous plaît.

Et comme l’album raconte comment l’enfant cherche à se libérer, il nous semble juste de montrer en pochette que la foi au sens large et les grands espaces sont déjà des solutions à l’énigme que l’on pose.

Si non, quelle est l’histoire de cette pochette ?

Cette pochette de l’album Another Kid Comedy a été dessinée par un artiste rencontré en tournée qui s’appelle Samuel Vandenberghe.

Le recto montre donc le désert avec cette église dont les sonorités des chorales, des orgues et des cloches sont présentes dans plusieurs morceaux. On voulait une pochette qui soit une ouverture, un lieu extérieur et vaste pour montrer l’étendue de l’imaginaire de l’enfant.

À contrario, le verso devait connoter cet enfermement et cette noirceur de la réalité représentés par la Porte de l’Enfer de Rodin, inspirée de la Divine Comédie de Dante.

Dans notre histoire, il s’agit aussi de vengeance entre le gamin et son bourreau. Le chiffre 9, des 9 morceaux de l’album (le 10ème est en fait le générique de fin de l’album), est un clin d’oeil aux différents cercles de l’enfer que Dante traverse dans la première partie de sa Divine Comédie.

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Influences

Vous citez comme influences Jack White, Arctic Monkeys et Royal Blood. Sont-elles des influences communes ?

Exactement. Nous aimons tous ces artistes, chacun dans des périodes ou des esthétiques différentes, mais ils nous mettent très souvent d’accord.

On a pour habitude de dire que Jack White a influencé les sons des guitares de FIGURZ. Que Arctic Monkeys nous a ouvert une porte pour l’intention à mettre dans les voix. Et que Royal Blood sont ceux qui nous ont conforté dans cette envie de faire du gros son.

Quelles sont celles que chacun de vous apporte au groupe ?

Cédric aime les groupes aux ambiances lentes et planantes comme Black Rebel Motorcycle Club, ou, plus sombre, The Psychotic Monks. Il apporte ces moments de répétitions psychédéliques et d’ambiance plus typée 70’s.

Mathéo est plus incisif. Il apporte une dimension plus tranchante aux morceaux avec ces sons de guitare influencés par The Dead WeatherRival Sons ou Queens Of The Stone Age.

Sammy aime les compositeurs de films comme Joseph Bishara, le groupe Goblin ou encore Ennio Morricone. Il souligne le coté pop du groupe par ses influences telles que Blur et tous les projets de Damon Albarn.

26

Votre souvenir le plus marquant.

FIGURZ, c’est aussi une histoire de nombre. Et il y a bien un jour où les planètes se sont très bizarrement alignées.

C’est le jour où nous avons réalisé notre toute première live session, le morceau N°26 filmé à la grange abandonnée. Après plusieurs prises vidéo, nous nous sommes rendus compte que le nom de la bonne prise était par hasard la numéro 26, noyée dans une foule d’autres fichiers. De là est née une sorte de paranoïa marrante autour de ce numéro qui nous suit partout. S’il ne nous suit pas, nous le cherchons… et nous le trouvons.

Si on additionne les coordonnés GPS des 3 lieux d’enregistrements, la somme donne 26 tout pile. 26 ans étant la moyenne d’âge des membres du groupe au moment de l’enregistrement de l’album.

On terminera cette énumération en disant que sont crédités sur l’album tous les gens ayant travaillé dessus. Il y en a 26. Si vous avez vu le thriller Le Nombre 23, on vous laisse imaginer la psychose autour de ce nombre 26 qui nous hante mais nous veut du bien.

« On s’accorde à ne pas trop apprécier les artistes fabriqués par autre chose que l’artiste lui même »

Quel regard portez-vous sur l’actualité musicale aujourd’hui ?

L’actualité musicale aujourd’hui est surprenante, surtout par la manière qu’elle a de se montrer puis de disparaître rapidement. Les artistes que l’on aime n’ont pas forcément de liens entre eux. Il s’agit simplement de trouver une singularité chez quelqu’un, une démarche artistique pour créer chez nous une curiosité. Les artistes que l’on n’aime pas, difficile de les nommer, ce n’est même pas une affaire d’esthétique musicale finalement, car comme beaucoup de gens, on écoute de tout. Par contre, on s’accorde à ne pas trop apprécier les artistes fabriqués par autre chose que l’artiste lui même. On espère que vous comprendrez ces termes.

L’écosystème de la musique est une industrie complexe. Quand on commence à comprendre son fonctionnement, ça a déjà changé. Le digital n’y est pas étranger, chaque année la science double la puissance de nos outils numériques. Le paradoxe, c’est que cette vitesse de changement et d’évolution est plus grande que le temps d’adaptation.

C’est encore plus vrai aujourd’hui, dans la situation sanitaire où la culture est dans un coude. Il faut prendre le virage aujourd’hui car les règles du jeu vont radicalement changer. À nous d’être créatifs pour exister sur les nouveaux créneaux de diffusion de la musique. À nous d’être anticipatifs, de suivre les avancées technologiques et faire fusionner notre musique avec des économies différentes de la nôtre.


Le confinement nous a rassuré sur le fait que les gens étaient très demandeurs de nouveaux morceaux. Cette période nous a conforté dans ce qu’on vous disait plus tôt. La fiction (l’art) devient la meilleure réalité quand il n’y a plus assez de liberté.

« On a très hâte de partir en tournée pour libérer tout ça. »

Concernant cette période inédite, autant vous dire que l’on a très hâte de partir en tournée pour libérer tout ça. On a l’habitude de se confiner plusieurs mois dans des lieux, des studios loin de tout. Mais là, ça commence à faire long. Les décisions politiques font que l’on se sent encore derrière les barreaux.

Avec quel(s) artiste(s) voudriez-vous travailler, un jour ?

Il y aurait un plaisir immense à travailler avec Jack White pour pousser les limites et laisser des taches de sang sur l’instrument. Black Rebel Motorcycle Club, juste pour le kiff car ce groupe fait partie des grands plaisirs communs. Thom Yorke ou Brian Eno pour amener les idées dans des dimensions encore différentes.

Si on veut être plus réaliste, on citerait Me & That Man, un groupe de blues rock polonais dans la même esthétique. Il serait génial de travailler ou simplement de partager une tournée et s’échanger nos chapeaux !

Dans la rubrique nécrologique, Ennio Morricone serait la parfaite collaboration de l’impossible. De même, Johnny Cash pour raconter une nouvelle histoire. Il y en a tellement d’autres…

Vos récentes découvertes ou redécouvertes musicales.

Côté redécouvertes rock : les dublinois de Fontaines D.C. et le dernier album de IDLES. Les grecs de Deaf Radio se sont également intégrés dans nos playlists. En artiste mixte, on s’oriente très souvent vers The Kills. En artiste féminine, on aime bien les derniers albums de Caroline Rose.

idles ultra mono partisan records
IDLES - Ultra Mono
fontaines D.C. a hero's death partisan records
Fontaines D.C. - A Hero's Death

Plus local cette fois, car français ou belge… Nous avons fait des découvertes cette année en tournée avec le groupe The WRS, pour les plus psychédéliques. Ainsi que le groupe The Ghost Towns, pour ceux qui aiment les albums avec des histoires.

What’s next ?

Notre premier album, Another Kid Comedy, sort demain sur toutes les plateformes de streaming (Deezer, Spotify…), en CD et en vinyle. À retrouver sur le site.

En ce moment, nous enchaînons les résidences pour se préparer au live comme il se doit. Les concerts ne s’annulent pas tous, c’est aléatoire. On vous invite donc à suivre l’actualité scénique du groupe sur nos réseaux pour qu’on se retrouve en live !

Nous sommes en train de réfléchir à un concert de sortie d’album, disons pour le moment… « différent », alors restez connectés !

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