Lieutenant est le side-project de Nate Mendel, bassiste des Foo Fighters, de Sunny Day Real Estate et des Fire Theft. En projet depuis 2012 environ, période à laquelle Nate se penche sur l’écriture de son premier album intitulé If I Kill This Thing We’re All Going to Eat for a Week, et publié en mars dernier. Retrouvez le premier clip extrait du disque, qui illustre la chanson Believe the Squalor.

Peux-tu présenter ton nouveau projet ?
Lieutenant est une idée musicale en train de se développer. J’ai pensé qu’il serait intéressant de faire comme si j’étais un groupe à part entière, plus qu’une partie d’un groupe entier. Maintenant que j’ai sorti un album, je veux monter ça comme un groupe.

Pourquoi avoir démarré un « side project » différent de Foo Fighters ?
Foo Fighters est un groupe stimulant, musicalement, et je pourrais passer mon temps à devenir un meilleur musicien dans le groupe, mais je voulais pouvoir jouer de la musique quand je voulais, et la seule manière de faire ça était d’écrire des chansons et les chanter moi-même.

Pourquoi as-tu choisi « Lieutenant » comme nom de groupe ?
J’ai été influencé par The Police dans l’idée de fonder un groupe. C’est peut-être un hommage. Soit ça, soit c’était complètement au hasard.

Quels ont été les événements et les rencontres les plus importants de la carrière de Lieutenant ?
Le premier concert que l’on a fait, en janvier, parce que je n’avais jamais chanté ou joué de la guitare devant un public. Et le dernier concert que l’on a joué lors de notre tournée aux Etats-Unis, parce que c’était la première fois que je sentais qu’on était bons.

Cela a-t-il été différent pour toi de travailler sur un premier album solo ? Si oui, en quoi ?
Oui, en bien des manières. Evidemment, ce n’est pas le groupe sur lequel je me suis concentré ces vingt dernières années : des musiciens différents, de la musique différente. Mais c’est superficiel. Je n’ai jamais été dans une situation, pendant l’enregistrement, où le dernier mot et les responsabilités m’appartiennent. J’ai l’habitude d’être obsédé par une ligne de basse, mais c’est bien plus intense d’avoir toute une chanson sur laquelle se concentrer.

Les invités présents sur cet album sont-ils des amis ou leur as-tu proposé d’en faire partie ?
La plupart sont des connaissances. Je connais Josiah (Josiah Johnson de Head And The Heart) et Page (Page Hamilton de Helmet) depuis un certain temps, mais pas si bien que ça. J’ai pris le risque qu’ils seraient OK pour jouer, et j’ai eu de la chance qu’ils aient accepté. Jeremy Enigk que je connais, bien sûr, depuis longtemps. Malheureusement, nous vivons dans des villes différentes, donc nous n’avons pas pu être en studio en même temps. Mais c’était quand même génial de collaborer avec quelque chose en dehors de Sunny Day Real Estate.

Par quoi as-tu été inspiré et influencé durant l’écriture et la composition de cet album ?
J’étais en train de découvrir Paul Simon pendant la période d’écriture du disque. Vous ne pouvez pas vraiment l’entendre, mais j’étais en train d’apprendre la guitare avec ses chansons, et je voulais aussi imiter sa voix. J’aime son style de chant, ainsi que celui de McCartney. Leurs voix sont fortes, et l’on peut encore entendre le caractère de leur voix parlée sous le chant.

Pourquoi as-tu choisi un tel titre pour cet album ?
Honnêtement, j’ai pensé que ce serait drôle. Juste une déclaration incontestable. C’est comme une question sur un problème de vie et de mort.

Où voudrais-tu mener le projet Lieutenant dans quelques années ?
J’aimerais jouer plus de concerts et être plus à l’aise en tant que leader. J’ai une idée sur la manière dont j’aimerais entendre la musique sonner, et j’aimerais l’explorer. Le premier album était un essai, et en rapport à ça, je ne suis pas sûre qu’il ait un son cohérent. Je voudrais développer ça.

As-tu quelques anecdotes de tournée et/ou de vie en studio à livrer ?
Je faisais la cour à ma femme pendant la période d’enregistrement. J’essayais de la convaincre que j’étais un homme avec qui elle pouvait se marier. Elle venait de Seattle jusqu’à Los Angeles pour avoir de la compagnie, donc malgré le fait d’être en plein milieu des enregistrements, j’ai pris quatre jour off.
Mon ami Joe Plumer (Modest Mouse, The Shins…) a joué de la batterie sur l’album, et on a aussi fait de la  pré-production, donc je l’ai juste laissé, lui et Toshi, prendre le contrôle sur l’album pendant un moment. C’était bizarre, mais ça a marché.

Que penses-tu de l’industrie musicale d’aujourd’hui ?
Foo Fighters ont toujours fait en sorte de faire les choses de leur côté, et ça a marché jusque là, mais maintenant que j’ai un nouveau projet à faire décoller, je vois les choses différemment. Peut-être d’une perspective plus conventionnelle, au-dessus du fait que c’est une industrie. C’est un peu intimidant d’être responsable de promouvoir sa propre musique, cependant je pense que tout est influencé par la chute de ce système en vigueur jusqu’à l’ascension d’Internet.
Bien qu’en général, je ne me suis jamais inquiété de l’industrie du disque. Qui arrêtera les gens de faire de la musique qu’ils veulent faire ou veulent écouter ?

Si tu avais le pouvoir d’y changer quelque chose, le ferais-tu ? Si oui, quoi ?
Encore une fois, je ne ressens pas le besoin de se tourmenter sur les imperfections du business de la musique. Peut-être que c’est l’aspect « Do It Yourself » du punk rock dans lequel j’ai grandi. L’hypothèse est que le « music business » a des défauts et le meilleur remède est de trouver une alternative à cela nous-même.

Y a-t-il un musicien et/ou un album qui t’ait donné envie d’être musicien toi-même ?
J’étais juste un jeune fan de musique, enchanté par son pouvoir. Enfant, je jouais du violon, donc j’ai juste changé d’instrument en rapport avec la musique que j’écoutais, étant adolescent : du metal, de la new wave et du punk.

As-tu déjà ressenti quelque chose d’émotionnellement fort durant un concert ?
Je ne suis pas quelqu’un qui prend la musique pour une catharsis. Probablement parce que j’écoute plus la mélodie et le rythme que les paroles. La réaction n’est pas plus émotionnelle que viscérale.

Quels artistes voudrais-tu voir un jour en live ?
Broncho, Deerhoof, Drive Like Jehu, Fleetwood Mac, Papa.

Si tu ne pouvais collaborer qu’avec un seul artiste, qui choisirais-tu et pourquoi ?
David Byrne. Je suis un grand fan, évidemment, mais je pense aussi qu’il est un artiste expérimenté et maintenant un musicien plus vieux, qui voit peut-être la musique à travers des couches de sa propre expérience. Bien que je sois un novice en comparaison, mon approche est peut-être plus directe, ce qui serait complémentaire à ses talents.

Dans quelles villes aimerais-tu te produire ?
J’ai entendu dire que j’étais banni de Chine, à cause de quelques concerts donnés au Tibet dans les années 90, en faveur de la liberté. Donc, naturellement, je veux aller là-bas.

Quelles sont tes plus grandes aspirations ?
Je les ai comblées, en fait. Je voulais sortir un album et jouer des concerts, voir si je pouvais le faire. Tout le reste est bonus. Je dirais que mon prochain objectif est d’être vraiment bon en live.

Le meilleur album de ta collection ? Le pire ?
Ce n’est pas le meilleur, mais je me suis rendu compte l’autre jour que le premier album des Strokes est un classique. Quel album génial ! Le pire ? Wow. J’ai beaucoup d’albums hardcore de l’époque où j’étais enfant. Certains sonnent encore bien, d’autres sont horribles.

Ton plus vieil achat d’album ? Le plus récent ?
Mon premier album, c’était un des années 70. YMCA by the Village People, un truc comme ça. Le dernier est une compilation de Jaco Pastorius que j’ai achetée au magasin de disques, dans la rue en bas de chez moi.

Ton top 5 de titres en ce moment ?
Station to Station de David Bowie
Jolly Fucker de Sleaford Mods
Bodies Made Of de Parquet Courts
The Legend of Chavo Geurrero de Mountain Goats
Golden Boys de Pat Smear

Tes récents coups de coeur musicaux ?
Parquet Courts
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What’s next ?
Toute l’activité est concentrée sur Foo Fighters jusqu’à la fin de l’année. J’ai écrit des chansons avec quelques amis l’année dernière, que nous n’avons pu enregistrer à cause de nos plannings. J’aimerais terminer ça rapidement.

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