L’existentialisme est un courant philosophique et littéraire qui considère que l’être humain forme l’essence de sa vie par ses propres actions, celles-ci n’étant pas prédéterminées par des doctrines théologiques, philosophiques ou morales. Le premier principe de l’existentialisme est tel que l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait.

Au détour d’une conversation avec sa grand-mère, Lucas Woodland découvre qu’il n’est pas le seul artiste de la famille. En effet, il existe un enregistrement de son grand-oncle sur un 45 tours reprenant The Greatest Mistake Of My Life, une chanson des années 30, de Gracie Fields. Ce titre est un déclic dans la tête du jeune chanteur, alors en tournée avec Holding Absence. Comme une évidence, The Greatest Mistake Of My Life s’impose comme le titre du second opus du groupe.

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Enregistré aux Middle Farm Studios en Angleterre et chapeauté par Dan Weller, The Greatest Mistake Of My Life (2021, SharpTone Records) prend vie dès février 2020.

Proportionnellement à la pandémie dont le grain de sel a enrayé la campagne de sortie et de promotion, l’accueil du public a été à la hauteur. Le choix du premier single a évidemment fait monter la hype de quelques crans : Beyond Belief fait partie des titres marquants de l’album. Mais j’y reviendrai plus tard…

Sérieux candidat au top 3 des albums de 2021, je ne pouvais pas consacrer un article à cet excellent album. Pas après tant d’écoutes, tant de frissons.

« Je pense que c’est marquant de voir le Lucas blond en noir et blanc comme une version plus jeune de moi-même. Je le vois presque comme une personne différente, d’une certaine façon. Holding Absence en noir et blanc existera toujours à mes yeux, et cette évolution a été un abandon de cette partie de moi. » - Lucas Woodland

La première chose qui me frappe en écoutant Holding Absence, c’est cette maturité dans l’écriture et l’impeccable composition. L’expérience acquise dès leurs premiers titres, autour de 2015, 2016, est impressionnante. L’équipe qui accompagne le groupe y est pour beaucoup, mais il suffit de s’attarder sur le processus de création de The Greatest Mistake Of My Life pour se rendre compte que le quatuor est une étoile montante de la scène alternative rock britannique.

Je le dis et le répète depuis plusieurs années maintenant : il est aujourd’hui inconcevable de penser que les visuels ne sont qu’accessoires à la musique. En 2021, les groupes émergents au succès fulgurant sont ceux qui accordent une identité visuelle en accord avec leur musique. Pour n’en citer que quelques uns : Loathe, Spiritbox, Caskets, Sleep Token, etc.

Holding Absence ne déroge pas à la règle. Depuis leur signature sur SharpTone Records et leur split avec Loathe, le groupe enregistre un sans faute sur leur identité visuelle. Du noir et blanc à l’ère de l’album éponyme à l’ajout de couleurs, symbole du passage à l’ère du nouvel opus.

Ces couleurs ‘vintage’ vont du vert au marron en passant par le beige. Les titres, comme vus dans les clips vidéos, sont écrits en capitales blanches, dans la même police que le titre de l’album. Même les looks sur scène ont changé : Lucas a troqué ses t-shirts contre des chemises ‘oversize’.

« Je ne pense pas que l’on puisse stéréotyper les émotions. Tout le monde ressent tout et je pense qu’il est important d’en avoir conscience » - Lucas Woodland

J’en parlais déjà sur l’article consacré à Alkaline de Sleep Token. Les émotions. L’importance de les ressentir pleinement sans les réprimer, sans avoir honte de les exprimer. Sur cet album, Holding Absence nous pousse à les comprendre, à les célébrer même.

Si le concept s’inspire du mouvement emo, le groupe refuse le terme ‘triste’. Car non seulement ce n’est pas de ça dont il s’agit, mais le simple fait de ressentir des émotions, même douloureuses, doit être normalisé et non pas vu comme une faiblesse, ou du moins quelque chose de péjoratif. À notre époque, il est même nécessaire de ressentir et d’assumer pour ne pas couler, ne pas se rendre malade de trop intérioriser.

Le thème principal de l’album est la célébration de la vie sous tous ses angles, des plus sombres aux plus étincelants. ‘I’m alive’ sont les premiers mots que l’on entend, sous forme de murmure, et c’est là toute la substance de The Greatest Mistake Of My Life.

Intemporel. C’est ce que représente ce disque, l’inspiration de son titre, ses thèmes. Quelque chose qui continue de vivre longtemps après que son créateur ait disparu. La vie en dépit de la mort constitue l’essence de nos propres existences. Certains se demandent en quoi il est utile de vivre s’il ne reste plus rien à la fin. D’autres sont comme pressés de vivre leur vie pleinement, comme pour annihiler cette sensation qu’il ne restera que le silence, le vide, lorsqu’ils ne seront plus.

À travers ces douze titres, Holding Absence nous met devant l’immensité de la vie et l’irrémédiabilité de nos émotions. « Nous sommes un groupe qui exprimons, et expérimentons et explorons nos émotions » a déclaré Lucas en interview. Voici donc, au long de douze titres, la forme concrète de ce voyage introspectif.

« But is your Hell up above and your Heaven below ? »

Ce qui m’impressionne le plus dans cet album, chez Holding Absence, c’est cette capacité à avoir produit un sans faute, un album quasiment rempli de tubes. Aucune track n’est à jeter : une composition exceptionnelle, des musiciens qui se complimentent entre eux, une voix magistrale pour les accompagner.

L’habilité est poussée jusqu’au point où certaines chansons forment une certaine symétrie entre elles. La plus évidente, entre Celebration Song et Mourning Song, qui respectivement ouvre et clôture l’album. Celebration Song parle d’honorer la vie après une dépression et de réaliser le chemin parcouru jusque cette réalisation. L’énergie, l’intensité délivrées sur ce titre sont euphoriques, en total contraste avec la noirceur ambiante sur Mourning Song.

Cette dernière est comme une ode funèbre dédiée à l’être aimé qui a quitté ce monde. Il est difficile de continuer à vivre dans la tristesse après la disparition d’un proche. Mais comme je le disais, il est également important de prendre conscience de nos sentiments et de les exprimer, comme il est important de rendre hommage aux êtres aimés en continuant à vivre, en les honorant.

Ces deux chansons célèbrent la vie et la mort à travers le prisme du regret et du recul avec le temps. Quels choix se présentent à nous lorsque l’on fait face à la mort, et ainsi, au flux continu de la vie ?

En amour, la notion d’éternité diffère selon les réelles intentions et l’honnêteté de chacun. Sur Beyond Belief, la notion est positive, pleine d’espoir malgré la peur d’aimer quelqu’un toute une vie. Dans Die Alone (In Your Lover’s Arms), c’est tout le contraire de la situation qui y est dépeint. On écoute l’histoire du narrateur qui se lamente sur le constat final que sa vie amoureuse a été une perte de temps.

« Watching you die alone in your lover’s arms »

Comme sur Celebration Song et Mourning Song, les compositions dénotent le message des paroles. Beyond Belief fut choisi comme premier single de l’ère TGMOML. Energique, indispensable sur une setlist, il fait partie des immanquables de l’album. De même que les autres singles choisis pour promouvoir l’album : Afterlife, In Circles et Nomoreroses.

La puissance de ces titres est transcendante. Les refrains restent dans la tête, la production sur chacun d’eux est sensationnelle. Lucas a écrit In Circles avec en tête l’apathie de sa ville d’origine, Pontypridd au Pays de Galles. Située à plus de 10km de Cardiff, elle est une petite ville monotone de laquelle le jeune artiste s’échappe en se concentrant sur sa famille et la musique. Au-delà du côté personnel du texte, elle est plus généralement un appel à rêver toujours plus fort, plus loin que le pas de votre porte.

Afterlife est le deuxième single extrait de TGMOML. C’est sur celle-ci que j’ai le plus accroché lors de mes premières écoutes. Si l’on en croit les propos de Lucas, c’est Mipha, l’un des personnages de Zelda : Breath Of The Wild, qui en a inspiré les paroles. Comme il le dit si bien, « parce qu’à chaque fois que tu meurs, elle te ramène à la vie. »

Les paroles d’Afterlife sont celles qui me parlent sans doute le plus, parmi d’autres sur l’album. Le narrateur se sent en sécurité tout au long de sa vie car il sait que quelqu’un, là-haut, veille sur lui. Les lignes « I’ll put those arrows from out of your back » et « I know this bridge we built won’t last but it’ll hold for at least a while » sont des exemples de cette idée de protection.

Enfin, quel fan du groupe n’a pas hâte de voir des lives de cette chanson ?

« Make me numb with drugs and love »

Comme l’a dit Dan Weller, le producteur de l’album, dans le documentaire autour de sa création, « drums and vocals compliment each other ». Traduction : « les parties de batterie et vocales s’harmonisent entre elles ».

Quand je dis que cet album est un recueil de hits ‘made by Holding Absence’, j’exagère à peine. Non seulement car leur confiance est décuplée suite au succès du premier album éponyme, mais aussi parce que le producteur a su faire naître des frissons sur certains instants.

L’un de ceux qui ressort le plus est sur Nomoreroses. La puissance de la batterie, le scream de Lucas, qu’on entend peut screamer d’ailleurs, sont fabuleux ! Les musiciens sont aussi sortis de leur zone de confort en explorant d’autres influences telles que le shoegaze sur Drugs And Love. Petit clin d’oeil à l’un des groupes préférés de Lucas, My Chemical Romance dès la première ligne : « Any kind of chemical romance. »

La construction de ce morceau est selon moi la plus intéressante. Deux aspects de la santé y sont abordés : la manière qu’ont les gens de soigner les apparences (le physique) quand tout va mal à l’intérieur (le mental). Le point où ces deux problèmes se rejoignent : les drogues et l’amour. L’utilisation, la manipulation de drogues et d’amour comme échappatoires et le mensonge aux gens sur leurs véritables problèmes enfouis.

« There is beauty in any loss that teaches you a lesson »

Cet album célèbre la vie, l’amour, le deuil. Le titre, The Greatest Mistake Of My Life est intemporel, tout comme son sens. Inspiré par un thread (fil de conversation sur un même sujet), Lucas a écrit quelques poèmes après avoir lu quelques histoires de gens, sur quelles étaient leurs plus grosses erreurs. Cela a donné les intros de Drugs And Love, Die Alone (In Your Lover’s Arms), Phantoms, qui aurait pu faire office d’interlude s’il n’avait pas été placé à la toute fin de la tracklist.

Nos émotions ne sont pas figées et évoluent constamment, à mesure que nous grandissons et changeons nous-mêmes. Il ne s’agit jamais que de joie ou de peine, de bonheur et de tristesse, mais de toute une variété de sentiments, parfois tiraillés ou fermes, nébuleux ou conscients.

Holding Absence a créé là un bijou qui trouvera très certainement sa place dans le top albums de fin d’année. En attendant, le groupe prépare sa tournée européenne qui passera par l’International de Paris le 23 mars 2022.

À écouter si vous aimez : Caskets, Acres, Loathe

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